Comment écrira-t-on demain l’histoire des mobilisations du corps enseignant de 2026 ?
Que restera-t-il des manifestations, des rassemblements, des lettres envoyées aux responsables politiques, des affiches, des tracts, des publications sur les réseaux sociaux ou encore des créations réalisées pendant ce mouvement ?
Ces questions sont au cœur du métier des archivistes. Archiver le présent pour écrire l’histoire de demain : c’est l’une des missions essentielles des archivistes. Depuis longtemps, ils collectent les traces des événements qui marquent notre société : guerres, catastrophes, crises sanitaires, mouvements sociaux… Tous ces moments laissent derrière eux des documents qui permettent, des années plus tard, de comprendre ce qui s’est passé.
En 2020, lors de la crise sanitaire du Covid-19, la communauté archivistique s’était mobilisée pour sauvegarder la mémoire d’un événement sans précédent. Grâce au projet Archives de quarantaine, des milliers de témoignages, photographies, affiches, objets et récits ont été collectés afin de conserver la mémoire de cette période. Aujourd’hui, c’est un autre type de crise qui traverse la Belgique : une période de tensions sociales et de débats importants sur l’avenir de plusieurs secteurs. Parmi les événements qui marquent cette période figurent les mobilisations du corps enseignant contre les réformes de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Depuis avril 2026, cette mobilisation prend de nombreuses formes : manifestations, assemblées, créations graphiques, vidéos, prises de parole, campagnes en ligne, initiatives citoyennes… Parmi elles, on retrouve notamment Mars Attacks, parents Attacks, Student Attacks ou encore Facteur·ices à bicyclette – Périple épistolaire 2026. Ces actions produisent aujourd’hui les archives qui permettront de raconter cette période dans toute sa complexité. Une affiche distribuée devant une école, une banderole portée lors d’une manifestation, une lettre envoyée à un responsable politique, une photographie, une vidéo ou encore une publication sur les réseaux sociaux sont autant de documents qui témoignent des réalités vécues, des revendications exprimées et des débats qui traversent la société.
La préservation de ces documents est essentielle pour éviter que l’histoire ne soit écrite qu’à partir de quelques récits ou de seules sources institutionnelles. Les archives permettent de conserver la diversité des voix qui se sont exprimées et de donner aux générations futures les moyens de comprendre les événements au plus près de celles et ceux qui les ont vécus.
Préserver les traces avant qu’elles ne disparaissent
Les archives des mouvements sociaux sont particulièrement fragiles : une publication sur les réseaux sociaux peut disparaître, un site internet peut fermer, une affiche peut être décollée, une photographie peut rester oubliée sur un téléphone. Or, ce sont précisément ces documents qui permettront demain aux chercheurs, journalistes, historiens et citoyens de comprendre les événements dans toute leur complexité.
Préserver ces archives, ce n’est pas prendre position dans un débat politique. C’est reconnaître que les mobilisations citoyennes font partie de notre histoire collective et qu’elles méritent d’être conservées, quelles que soient les opinions qu’elles expriment.
Un appel à préserver la mémoire du présent
Nous invitons les collectifs, organisations, enseignants, élèves, parents et citoyens ayant participé à ces mobilisations à être attentifs aux documents qu’ils produisent et à se rapprocher des centres d’archives afin que ces traces puissent être conservées.
Ces documents ne sont pas seulement les témoins d’une mobilisation : ils sont les sources qui permettront demain de comprendre notre époque. Préserver la mémoire des débats qui traversent la société est aussi une manière de faire vivre la démocratie.

